Avant toute chose, j’ai envie de vous souhaiter une année la plus juste possible pour vous. Une année où vous vous sentirez un peu plus aligné.e, un peu plus en paix avec vos choix… Et surtout, une année où vous ne vous oublierez pas en chemin, notamment en amour. Je vous souhaite donc de vous choisir, dans l’amour, dans l’épanouissement, dans la joie et dans tout ce qui peut vous procurer du bien être.
Pour ouvrir cette année 2026, j’ai choisi d’aborder comme thème la trahison de soi au profit de la relation.
Ce que j’entends par là, ce sont les petits renoncements que l’on fait pour que la relation fonctionne. Les “oui” que l’on prononce alors que, à l’intérieur, quelque chose dit non. Les moments où l’on se tait, où l’on s’adapte, où l’on minimise ce qu’on ressent… Simplement pour préserver le lien, pour ne pas décevoir et/ou pour ne pas être quitté.e.
Dans cet épisode, je vais ainsi faire la différence entre faire des compromis, ce qui est sain dans une relation, et les concessions, ce qui finit toujours par nous coûter cher.
Cet épisode est donc tout particulièrement pertinent pour les personnes qui ont l’impression de se perdre en amour. Celles qui ont le sentiment de donner plus que ce dont elles ne se sentent vraiment capables. Ou encore celles qui ont envie de construire des relations plus vraies et plus respectueuses de qui elles sont.
Et, si vous ne vous sentez pas concernés, dites vous que cela peut toujours être utile pour mieux comprendre des personnes de votre entourage car je suis certaine qu’il y en a autour de vous qui ont tendance à s’oublier au profit de la relation.
Qu’est-ce que la trahison de soi ?
Alors tout d’abord, qu’est-ce que j’entends par se trahir ?
La trahison de soi, plus particulièrement en amour, c’est le fait de s’oublier pour que le lien fonctionne à tout prix. C’est faire des concessions qui, parfois, ne sont même pas demandées pour chercher à maintenir la relation. Mais aussi, c’est tolérer des comportements qui franchissent nos limites pour ne pas faire évoluer le statu quo.
En d’autres termes se trahir, c’est choisir l’autre ou choisir la relation au détriment de soi-même.
La notion de compromis dans le couple
Dans une relation, il est normal de faire ce qu’on appelle des compromis. Un couple est formé par deux personnes différentes qui vont s’ajuster, apprendre à se connaître, grandir au travers du lien et aller à la rencontre d’elle-même. Cela implique donc de faire évoluer son cadre de référence ou élargir sa vision du monde pour retrouver des parts de soi que l’on a mis de côté.
En revanche, on ne parle pas de compromis lorsque l’on se sacrifie. On ne parle pas non plus de compromis lorsque l’on se résigne à vivre une situation ou des conditions relationnelles qui ne nous conviennent pas.
Cette nuance est importante à comprendre lorsqu’il s’agit de ne pas se trahir soi-même. Puisqu’en effet, faire un compromis ne signifie pas se trahir puisqu’avec celui-ci, on se sent gagnant dans la situation donnée. Le compromis, c’est quand deux personnes restent en lien sans se renier, en conscience, dans le respect mutuel de chacun.
Concession ≠ compromis
La trahison de soi commence là où le compromis n’est plus un choix, mais un réflexe. Là où l’on ne s’ajuste plus ponctuellement, mais où l’on s’adapte en permanence, souvent au détriment de ses besoins, de ses limites ou de ses ressentis.
D’un point de vue relationnel, se trahir en amour, c’est cesser de se prendre en compte comme un repère valable dans la relation. C’est donner plus de poids à la peur de perdre l’autre qu’à ce que l’on ressent intérieurement.
Concrètement, cela peut ressembler à :
- dire “oui” alors que l’on souhaite dire “non”
- minimiser une émotion comme de la gêne, de la tristesse ou de la colère
- faire taire ce qui dérange à l’intérieur, non pas parce qu’on a choisi de le faire, mais parce qu’on ne se sent pas en sécurité pour l’exprimer
Cette trahison de soi, c’est quelque chose qui peut s’installer progressivement. On se renie par ci par là puis vient un moment où on réalise qu’il existe de nombreux moment où l’on s’est éteint au profit de la relation.
Et je pense que c’est important de préciser que on peut choisir de se trahir, en avoir conscience et ne pas parvenir à faire différemment, non pas parce qu’on est faible et qu’on ne sait pas aimer sainement. Mais plutôt parce que le lien affectif est perçu comme vital, et que préserver la relation semble plus sécurisant, à court terme, que se respecter.
Dans les cas où ces trahisons de soi interviennent, il y a beaucoup de confusions et de choses qui se mélangent. On peut croire qu’on fait les choses par amour. Alors qu’en fait c’est la peur qui dicte nos choix et actes.
Alors on pourrait se demander si c’est vraiment un problème en soi de choisir la relation ou l’autre plutôt que soi. On pourrait aussi se dire que c’est dans notre personnalité d’être présent ou présente pour les autres.
Là où je pense que c’est important de rester lucide c’est lorsque aimer implique de s’effacer, de se réduire ou de se couper de soi.
Il y a donc un premier point essentiel à comprendre : l’amour n’est pas censé nous demander de disparaître pour exister. L’amour existe précisément au travers de qui on est. Lorsque l’on peut s’autoriser à incarner pleinement qui on est, sans avoir peur que le lien disparaisse, là, on est dans de l’amour.
Les formes de trahison de soi
Je vous ai donc mentionné des exemples de ce à quoi peut correspondre la trahison de soi et je vais entrer un peu plus dans le détail sur les différentes formes que cela peut prendre.
Le silence émotionnel
Une première forme assez fréquente est le silence émotionnel. C’est le fait de taire ce que l’on ressent. On se convainc que ça va, et on choisit de ne pas parler de ce qui nous touche.
On garde pour soi une déception, une tristesse, une frustration, non pas parce qu’on a fait le choix conscient de se taire, mais parce qu’on a appris que dire ce que l’on ressent risque de créer du conflit ou de l’éloignement.
Et ça, c’est une trahison de soi parce que nos émotions sont des indicateurs. Elles nous permettent de mieux nous connaître, de poser des limites, d’identifier ce qu’on souhaite véritablement vivre etc. Les taire revient donc à ignorer ces signaux pour ne rien changer alors qu’à l’intérieur de nous un besoin cherche à se faire entendre.
La minimisation des ressentis
Une deuxième forme, c’est la minimisation de ce que l’on vit. Se dire que ce n’est pas si grave. Que d’autres vivent pire. Que l’on exagère. C’est aussi se dire que ce n’est pas si mal ce que l’on a dans la relation ou que l’autre fait déjà des efforts.
Cette minimisation est souvent une façon de ne pas avoir à regarder la réalité inconfortable que quelque chose, dans la relation, ne nous convient pas pleinement. Et souvent, on choisit de minimiser ce que l’on vit car on a conscience que questionner un point en particulier pourrait mettre en lumière une éventuelle incompatibilité amoureuse. En tout cas, c’est ce qui est craint et qui fait qu’on évite de regarder la réalité en face.
On se résigne à accepter ce que l’on vit et cela passe par le fait de négocier avec soi-même pour se dire que ce n’est pas si pire comme situation.
Si on devait mettre en mots le dialogue interne qui se joue, cela pourrait être quelque chose comme :
- « Je ne me sens pas pleinement bien dans cette relation… »
- « Oui, mais tu exagères. Regarde tout ce que tu as déjà. »
- « C’est vrai… mais il y a quand même ce point qui me fait souffrir. »
- « Tu te prends trop la tête. Beaucoup aimeraient être à ta place. Tu devrais t’en satisfaire. »
Et petit à petit, ce dialogue prend plus de place que le ressenti lui-même. Ce n’est plus ce que l’on vit qui fait référence, mais ce que l’on se raconte pour pouvoir continuer à vivre la relation telle qu’elle est.
La particularité de ce dialogue c’est que, si c’était votre partenaire qui minimisait vos ressentis en parlant de cette façon, ce serait un énorme red flag. Une alerte que la personne adopte des comportements toxiques et non fonctionnels. Pourtant, quand il s’agit d’un discours intérieur, on s’en accommode. On accepte d’être soi-même un red flag envers soi-même.
Les besoins sous silence
Une troisième forme de trahison de soi apparaît quand on met ses besoins en veille. Cela rejoint les points précédents. On passe nos besoins sous silence. C’est à dire qu’on cesse de les exprimer, ou même de les identifier, parce qu’ils semblent trop compliqués, trop exigeants, ou trop dérangeants.
Peu à peu, on s’habitue à faire passer l’autre en priorité jusqu’à ne plus très bien savoir ce dont on a besoin soi-même pour se sentir bien dans la relation.
L’espoir du potentiel non exploité
Une autre forme de trahison de soi est ce que je vais appeler l’espoir du potentiel non exploité. Espérer que l’autre change. Espérer qu’un jour les choses seront différentes. Et tout cela, parce que l’on voit que la relation a du potentiel
Cet espoir n’est pas nécessairement naïf, il est souvent une stratégie pour ne pas avoir à faire un choix difficile. Mais lorsqu’il remplace l’écoute de ce qui est là, ici et maintenant, il peut devenir une manière de rester dans une situation qui ne respecte pas pleinement qui l’on est.
Mais il faut bien comprendre qu’on n’est pas dans une relation avec un projet de changement sur l’autre. Une personne change lorsqu’elle voit l’intérêt qu’elle aurait à changer et surtout qu’elle souhaite avancer sur cette voie. C’est plutôt vain de partir du principe qu’un jour la relation va changer subitement. Un potentiel, si on n’en fait rien, ça reste juste ce que c’est : du potentiel. Un peut-être qui pourrait se transformer en jamais.
Ces différentes formes de trahison ont un point commun : elles sont assez discrètes. Elles peuvent passer inaperçus car les situations pour lesquelles elles se manifestent peuvent sembler anecdotiques individuellement. Mais mises bout à bout, elles créent une distance intérieure. Une coupure progressive entre ce que l’on vit et ce que l’on ressent vraiment. Et souvent, ce n’est pas la relation qui devient le problème en premier. C’est le lien à soi qui s’effrite.
Pourquoi cet oubli de soi au profit de la relation ?
Si l’on se trahit en amour, ce n’est pas par manque de maturité, ni parce qu’on ne saurait pas ce qui est bon pour nous. Le plus souvent, c’est parce que le lien affectif touche à quelque chose de fondamental : notre besoin de sécurité, de reconnaissance, d’appartenance.
D’un point de vue relationnel, préserver le lien peut devenir une priorité vitale. Surtout quand on a un style d’attachement anxieux. Et quand le lien est vécu comme indispensable, tout ce qui pourrait le fragiliser est perçu comme un danger.
C’est pour cela qu’inconsciemment, on ajuste notre comportement. On se tait, on minimise et on s’adapte. Pour rester en lien à tout prix.
Derrière ces mécanismes, il peut évidemment y avoir des expériences passées où dire ce que l’on ressent a conduit à du rejet, du conflit ou de l’abandon. Des modèles relationnels où l’amour était conditionné, instable ou imprévisible.
Dans ces contextes-là, apprendre à s’oublier devient une stratégie de protection. Une façon de se dire : si je dérange moins, je risque moins de perdre l’autre.
Et c’est important de le mettre en lumière et de le valoriser : cette stratégie a pu sembler fonctionnelle à un moment de la vie. De même, cette stratégie, si on n’emploi que très ponctuellement ces moments où l’on s’oublie, cela peut ne pas être si problématique.
Le problème apparaît quand cette stratégie, initialement protectrice, devient un mode relationnel automatique, même lorsque l’on n’est plus réellement en danger. Et surtout, ce que l’on risque au contraire est de provoquer ce que l’on craint le plus.
Quand on s’oublie dans la relation, on éteint les parts de nous qui ont fait en premier lieu qu’on était aimé et apprécié. Quand cela disparait, on donne les clés à l’autre pour cesser de vouloir relationner puisqu’il ou elle ne retrouve plus la personne aimée.
Le prix à payer quand on se trahit trop longtemps
Donc, se trahir ponctuellement ne détruit pas une relation. Mais se trahir de manière répétée, sur la durée, a un coût.
Le premier prix à payer, c’est une perte de clarté intérieure. À force de ne plus s’écouter, on ne sait plus très bien ce que l’on ressent. On doute de ses émotions. On hésite à faire confiance à ses perceptions. Si bien que, progressivement, une fatigue émotionnelle s’installe. Une sensation de porter quelque chose de trop lourd, sans toujours réussir à mettre des mots dessus.
Il peut aussi y avoir de la colère. Une colère qui n’est pas forcément dirigée contre l’autre,
mais contre soi-même, pour ne pas avoir su dire, poser une limite, se respecter. Et comme je le disais cela peut sembler paradoxale mais cette trahison de soi n’abîme pas seulement la relation à soi. Elle abîme aussi la relation à l’autre.
Et j’ai évoqué le fait que s’oublier peut mener au fait que l’autre personne se détache de nous. Mais aussi, à long terme, cela peut mener pour soi-même à une forme de distance intérieure, voire à un désengagement affectif. Non pas parce que l’amour a disparu, mais parce qu’il est devenu trop coûteux à maintenir. Pour se protéger, on choisit de se détacher et de petit à petit mettre un pied hors de la relation qu’on aime énormément et pour laquelle on a choisit de s’oublier pour la préserver.
Comme quoi, la stratégie adoptée ne fonctionne pas.
Se choisir
Alors qu’est-ce qui serait un comportement plus fonctionnel. Il s’agit d’être en capacité de se choisir. Et quand je dis se choisir, ça ne veut pas dire devenir égoiste ou trop exigeant·e.
Je peux tout à fait comprendre que changer de façon de faire peut générer de la peur. Notamment lla peur de se fermer, de se durcir, ou de ne plus laisser de place à l’autre.
Cette peur est compréhensible. Surtout quand on a longtemps associé l’amour à l’effort, à l’adaptation, voire au sacrifice. Et c’est là où est une question d’équilibre et de juste milieu. De savoir placer le curseur au bon endroit.
Se choisir ne veut pas dire imposer ses choix, ses envies ou ses décisions à l’autre. De même, se choisir ne veut pas dire partir au moindre inconfort. Se choisir ne veut pas dire aimer moins.
C’est surtout s’écouter. C’est reconnaître ce que l’on ressent, ce dont on a besoin et là où se situent nos limites. Sans forcément agir immédiatement mais sans se mentir.
Quand on est en relation, il y a plein de personne qui pensent que les choses doivent se faire naturellement sans avoir besoin de les réfléchir et de les intellectualiser. Tant mieux vous parvenez à vivre vos relations et vous épanouir de cette manière mais plus on grandit, plus on se connait. Plus on connait nos besoins et nos limites. Donc cela parait aussi naturel d’avoir des périodes de vie où l’on a besoin d’ajuster des éléments dans la relation et d’accorder nos violons pour que tout fonctionne bien des deux côtés.
Se choisir, c’est aussi accepter que l’inconfort fait partie de toute relation vivante. Qu’il y a une différence entre un inconfort qui fait grandir et un inconfort qui abîme.
Se choisir, ce n’est donc pas chercher une relation sans tensions, mais une relation dans laquelle on peut rester en lien à soi même quand c’est inconfortable.
Vous pouvez ainsi vous demander qu’est-ce que vous souhaitez recevoir dans la relation mais aussi qu’est-ce que vous avez envie de donner. Parfois on donne et on s’épuise à donner en croyant que c’est ce que l’autre attend alors que pas du tout.
Parfois, se choisir implique aussi d’accepter une réalité difficile : certaines relations ne peuvent pas évoluer sans que l’on se perde. Se choisir, dans ces moments-là, n’est pas une fermeture du cœur. C’est un acte de lucidité et d’amour envers soi-même.
Une love coach m’avait justement dit il vaut mieux perdre un amour que son amour propre.
Je pense ainsi que reconnaître que l’amour ne devrait pas demander de s’effacer, de se réduire, ou de s’oublier pour continuer d’exister est important.
Lorsque l’on décide de se faire passer en priorité, on renoue le lien avec soi-même et au contraire, on peut renforcer le lien avec l’autre. Parce que le message qu’on envoie et qu’on se sent suffisamment en sécurité pour se dire les choses et pour trouver des solutions ensembles. On montre qu’on a le droit de chercher à faire évoluer la relation sans que ce ne soit perçu comme en danger.
On pose une intention aussi. Celle qui dit, j’ai confiance en ton ouverture et ton désir de faire grandir la relation pour accueillir ce que j’ai besoin de déposer et de voir changer.
Se trahir en amour est souvent le signe que l’on a voulu aimer, coûte que coûte. Mais aimer ne devrait jamais demander de se perdre. L’écoute de soi est un chemin.
Et si vous avez de la difficulté à identifier ou trouver légitime de partager des choses que vous vivez, je vous invite seulement à vous poser une question avant d’aborder le sujet avec vous-même ou votre partenaire.
- Quelle est mon intention ?
Est-ce que vous avez besoin d’être écouté, entendu ? Est-ce que vous avez besoin de trouver une solution ? S’agit-il d’être rassuré ? Et si oui, sous quelle forme souhaitez-vous recevoir de la réassurance.
On a parfois peur d’évoquer les choses parce qu’on se sent maladroit dans notre façon de faire. C’est pour cela que se demander votre intention, va permettre d’ajuster votre façon d’amener les choses.
- Je souhaite te parler de tel ou tel sujet car je tiens à préserver la relation et j’aimerais qu’on trouve une solution ensemble.
- Je souhaite te parler de tel ou tel sujet car j’aimerais que tu connaisses ce qui se passe pour moi en ce moment
- J’ai le désir d’aborder ce sujet avec toi car j’aimerais être écouté
Gardez cette notion d’intention en tête si vous avez peur d’évoquer quelque chose ou que vous vous censurez. Plutôt que de vous oublier, essayez, ne serait-ce qu’une fois pour commencer de voir ce qui se passe de différent lorsque vous ne vous faites pas passer au second plan.
