Jusqu’où doit aller l’acceptation dans le couple ?
Au cours de mes séances de coaching amoureux, j’entends parfois cette phrase :
« Il.elle doit m’accepter tel.le que je suis. »
En fait, dans l’absolu, je suis bien d’accord avec cette phrase.
Mais… parce qu’il y a un “mais” sinon cet article n’existerait pas.
Ce qui me pose problème est que cette phrase est parfois brandie comme un argument final. Argument qui permet d’éviter toute remise en question.
En effet, certaines personnes se cachent derrière ce propos pour indiquer qu’elles sont dans leurs bons droits d’avoir des comportements non fonctionnels.
Qu’est-ce que l’acceptation dans le couple ?
C’est là où je trouve qu’il ne faut pas tout mélanger et faire preuve de discernement.
Parce qu’accepter quelqu’un tel qu’il est ne signifie pas tout accepter voire accepter l’inacceptable.
Il y a une différence entre qui on est profondément… et la manière dont on agit lorsqu’on est en friction avec autrui.
Cette phrase peut prendre diverses formes. Même quand elle n’est pas prononcée directement, elle peut être sous entendue. Par exemple :
- Ce n’est pas à mon âge que je vais changer
- Je suis sanguin et je réagis au quart de tour, c’est comme ça
- Quand je suis vexée, je deviens très froide, à prendre ou à laisser
- Je suis très jalouse depuis toujours, ça ne changera pas
Dans ces différents exemples, ce qu’on comprend c’est que la personne avec qui on échange nous transmet une information de comment il ou elle considère être.
Mais est-ce que c’est vraiment comme ça que l’on se définit profondément ?
Qu’est-ce que notre essence ?
Si je pose la question à quelqu’un “qui es-tu ?” Il est très probable que cette personne me parle de son métier, de ses loisirs, de son parcours de vie, de ses origines etc. Elle pourra éventuellement mentionner des traits de caractère.
Mais c’est là où, comme je l’évoquais, je pense que c’est très important de ne pas confondre qui on est vraiment avec la façon que l’on peut avoir de se protéger dans le lien aux autres.
Dans une relation, on a évidemment le droit d’être qui on est. La liberté d’être soi est un non négociable.
Puisqu’effectivement on n’est pas en relation avec quelqu’un pour le changer. Si tel est le projet, alors c’est qu’on n’a pas choisi un ou une partenaire qui nous correspond. Et on souffrira beaucoup moins dans le lien en allant co-construire avec une personne qui nous correspond plutôt qu’en essayant en vain de transformer l’autre.
Quand on exprime qu’il faut être accepté tel que l’on est, il est important de savoir précisément qui l’on est, et ce que l’on peut mettre derrière ce terme. Il est nécessaire de spécifier jusqu’où l’acceptation dans le couple doit aller.
Notre être se résume plutôt à nos valeurs, nos envies, nos points de vues, nos projets etc.
Essence ≠ mécanismes de défenses
C’est pour cela que dans un couple, quand on parle d’accepter l’autre tel qu’il ou elle est, cela ne signifie pas accepter de subir des réactions de protection, de violence, de mauvaise humeur etc.
Accepter son ou sa partenaire ce n’est pas accepter qu’il ou elle :
- soit tout le temps en colère
- Râle du matin au soir
- Boude
- applique le traitement du silence etc.
La personne n’est pas née comme ça. Ce n’est pas son être profond.
En revanche, il s’agit d’une façon qu’elle a de réagir dans une situation donnée. C’est une blessure qui se réveille et qui peut s’activer au contact de l’autre. Mais cette façon de réagir peut être totalement anti-relationnelle.
C’est là où c’est important pour soi de connaître ses propres limites et de pouvoir les affirmer. On pourrait avoir en face de soi une personne qui est exécrable quand elle est de mauvaise humeur. Elle pourrait dire :
“je suis comme ça, c’est tout”.
Elle a donc le droit d’être comme ça mais on n’est pas obligé de subir cette mauvaise humeur par amour.
Jusqu’où se situe l’acceptation dans le couple ?
Lorsque l’on désire être dans une acceptation inconditionnelle dans le couple, on va accepter ce type de réaction sans broncher. On va juger normal d’encaisser les costumes de survies de l’autre.
Cela dit, cette personne qui exprime que c’est sa façon d’être, pourrait aussi choisir de se responsabiliser dans cette situation. C’est-à-dire :
- reprendre le contrôle sur sa régulation émotionnelle
- venir travailler et guérir ses éventuels traumatismes
- prendre en considération les retours qui ont pu lui être fait
- faire évoluer sa communication dans son rapport à l’autre etc.
C’est pourquoi, je pense qu’il est important d’être lucide sur le fait que nos réactions ne sont pas ce qui nous définit véritablement.
Évitons de confondre une douleur avec une vérité.
La place de la compréhension et de l’empathie
Ces comportements, dont on peut en comprendre l’origine, méritent évidemment de la compassion. On peut être touché que notre partenaire lève ses défenses à nos côtés. Pour autant, est-ce que ce comportement doit être une norme dans la relation ? Non.
C’est assez fréquent de laisser passer des choses qui ne sont pas justes pour nous parce que l’on comprend la souffrance de l’autre ou son vécu.
Pour autant, comprendre et avoir de l’empathie ne veut pas dire qu’il faut accepter des comportements non adaptés à notre égard.
Il est évident qu’aimer quelqu’un, ce n’est pas exiger la perfection de son ou sa partenaire. Une relation peut amener de la déception. Elle peut aussi amener des conflits. Et c’est tout à fait normal et sain. Ces interactions sont là pour nous aider à grandir et évoluer ensemble.
Vous pouvez d’ailleurs vous demander à quel moment est-ce que vous vous sentez grandir dans le lien quand vous marchez sur des œufs parce que l’autre est irritable, agressif, boudeur, terré dans le silence etc.
Événements récurrents ou ponctuels ?
Et quand je mentionne ces comportements, c’est vraiment dans un cadre où la personne déclare “c’est comme ça que je suis, à prendre ou à laisser”.
Ce qui ne permet pas de s’épanouir à deux, en revanche, c’est quand des comportements non fonctionnels sont récurrents et qu’ils n’ont pas vocation à évoluer.
Ce n’est pas du tout pareil si la personne est comme cela mais qu’au préalable :
- elle nous a indiqué qu’elle n’était pas bien et qu’elle ne voulait pas parler
- elle a pu dire qu’elle préférait être seule pour ne pas abîmer le lien
- il existe une forme plus ou moins grande de responsabilisation par rapport à ce qu’elle vit
Si la personne est en chemin pour faire évoluer ce type de réaction alors on est dans un cas de figure différent qui, bien entendu, nécessite également des limites.
Les limites de l’adaptation
Qui plus est, on peut croire bien faire en acceptant de faire profil bas dans ces situations. Je vois des personnes qui pendant des années ont accepté des réactions comme celles-ci. À leur yeux, par amour.
Sauf qu’avec le temps, la coupe est pleine. Ce qu’elles se sentaient en capacité d’accepter pendant x années finit par devenir anxiogène et là, c’est la crise.
Ces personnes se sentent même d’autant plus piégées car leur partenaire leur indique, à juste titre, qu’elles ont toujours su qu’ils ou elles étaient comme ça et que c’était annoncé dans le contrat de départ.
Il est ainsi possible de se sentir moins légitimes de poser une limite.
Apprendre à poser ses limites
Mais il n’est jamais trop tard pour poser une limite. Certaines personnes attendent d’être à bout pour la poser. Ce n’est pas toujours facile de poser ses limites et je le conçois très bien, c’est un sujet pour moi aussi. Mais on risque beaucoup plus d’abimer le lien lorsque l’on pose une limite en partant d’un sentiment de ras-le-bol que lorsqu’on la pose dès le départ.
En fait, il faut bien comprendre qu’on ne rend pas service à une personne qui a des comportements inadéquats en la laissant agir de la sorte.
Tant qu’on tolère ses comportements, cela la conforte aussi dans son idée que ses réactions font parties d’elle et qu’elle doit être acceptée telle qu’elle.
Tant qu’on ne la confronte pas à ces agissements, elle ne peut pas voir que ces derniers sont problématiques.
Un mal pour un bien
Alors peut-être que le fait d’en parler et de dire non à sa façon d’agir ne fonctionnera pas. Peut-être que cela mènera à une rupture entre vous, malheureusement. Mais certaines personnes ont besoin d’entendre le même propos une fois, deux fois, trois fois, quatre fois et par des personnes différentes pour enfin avoir le déclic qu’il y a peut-être quelque chose à faire évoluer.
Dans des situations comme celle-ci, cela peut être frustrant de ne pas être la personne qui récolte les fruits de l’évolution de l’autre.
Dans le sens où quand on mentionne à l’autre qu’on n’accepte pas tel ou tel comportement, il est possible qu’on ne soit qu’une goutte d’huile dans l’engrenage et qu’il en faille beaucoup d’autres pour débloquer le système.
Malheureusement, il n’y a que comme ça qu’il pourra y avoir à terme une éventuelle évolution.
Sur un sujet qui n’a rien à voir avec l’acceptation, pour vous donner un exemple : il peut parfois falloir plusieurs ruptures, avec toujours la même explication, une charge mentale jugée trop importante, pour qu’un homme commence réellement à se pencher sur la question.
Bilan sur l’acceptation dans le couple
Si je résume ce que je veux dire au travers de cet article, c’est que oui, il est important de se sentir libre d’être soi-même dans une relation amoureuse. Il est important d’accepter les envies, les projets et les valeurs de son ou sa partenaire.
En revanche, “qui je suis” est différent de ma façon de me défendre ou de me protéger.
Nous n’avons pas à subir les costumes de survies de notre partenaire car ces derniers ne sont pas sa façon d’être.
C’est donc tout à fait légitime d’avoir envie d’être aimé pour qui on est mais c’est aussi important de se mettre en chemin pour faire évoluer nos mécanismes de défense et de protection s’ils ont un impact négatif sur nous-même ou sur notre partenaire.
Si vous subissez la phrase « Accepte-moi comme je suis »
D’ailleurs, que ce soit votre partenaire ou non, si vous entendez une personne dire, “il faut m’accepter telle que je suis”, demandez-vous quels sont les comportements que vous êtes censés accepter au travers de cette phrase et si ces derniers sont vraiment justes pour vous.
Si ce n’est pas le cas, osez refuser les termes du contrat proposé. Rendez-vous compte que vous rendrez service à la personne car vous lui offrez une opportunité de se remettre en question et de grandir.
Car non, personne n’aime passer son temps à râler ou être en colère et avoir son système nerveux en état d’alerte.
Si vous prononcez la phrase « Accepte-moi comme je suis »
Ensuite, si vous-même vous vous surprenez à dire “il faut m’accepter comme je suis”, demandez-vous ce que vous aimeriez que l’autre accepte inconditionnellement.
Cherchez à identifier s’il s’agit vraiment de votre essence en tant qu’individu ou un de vos costumes de survie. Auquel cas, aimez-vous pour qui vous êtes et mettez vous en route pour faire évoluer ces comportements.
