Dans cet article, nous allons voir ensemble la notion de cadre relationnel. Je peux aussi l’appeler pacte de couple ou contrat de couple.
Il ne s’agit pas de contrat d’un point de vue juridique. Mais plutôt de ce qui vient définir les contours de la relation.
Ce que je veux voir avec vous c’est comment fait-on pour poser des bases solides, saines et sereines au sein de son couple. De façon à ce que le lien puisse être durable.
Cela va ainsi amener à questionner où se situent les limites dans la relation ainsi que notre liberté d’être au sein de celle-ci ?
En tout cas, je sais que ce sujet, à première vue, ne semble pas très glamour.
Il peut même donner l’impression de vouloir rigidifier quelque chose qui, pour beaucoup, devrait être évident, fluide ou naturel dans une relation et pourtant, c’est exactement l’inverse que je vous propose d’explorer ici.
Poser un cadre relationnel, ce n’est pas enfermer le couple, c’est au contraire permettre aux individus de relationner plus librement. Parce que lorsque les bases sont claires, lorsqu’il existe un accord commun, cela crée de la sécurité, et donc paradoxalement plus de liberté à l’intérieur comme à l’extérieur de la relation.
Il y a moins de non-dits, moins de zones grises et moins de malentendus. Car je pense que c’est important de le rappeler, ce qui paraît évident pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre. D’ailleurs, beaucoup de couples traversent des années de relations sans frictions particulières jusqu’au moment où un décalage apparaît sur des sujets qui n’ont tout simplement jamais été posés ou verbalisés.
Dans cet article, nous allons donc voir :
- Pourquoi est-ce important de co-construire un cadre relationnel ?
- qu’est-ce qui est de l’ordre de cadre relationnel ou d’incompatibilités amoureuses ?
- Quelles questions se poser au début ou à tout moment dans la relation pour éviter les non dits et le flou relationnel ?
- Comment définir des règles ou poser des limites au sein de la relation ?
L’importance de co-construire le cadre relationnel
Alors tout d’abord, ce qu’on va appeler ici le cadre relationnel, c’est l’ensemble des repères, des accords et des “règles du jeu”, qu’elles soient explicites, tacites ou implicites, qui viennent dessiner les contours de la relation.
Autrement dit, c’est ce qui définit ce qui est OK pour chacun, ce qui ne l’est pas, et la manière dont on choisit de relationner ensemble.
À travers ce cadre, on retrouve par exemple des notions comme l’exclusivité affective, l’exclusivité sexuelle, mais aussi la place de la liberté individuelle, la manière de communiquer, ou encore la gestion de certains sujets sensibles.
Et ce qui est important de comprendre, c’est que ce cadre existe dans tous les couples… même lorsqu’il n’est pas verbalisé. Simplement, lorsque c’est l’implicite et le tacite qui le définisse, il repose sur des suppositions, des attentes silencieuses ou des évidences personnelles qui ne sont pas forcément partagées.
C’est pour cela que l’enjeu n’est pas tant de créer un cadre, puisqu’il existe déjà, mais plutôt de venir le rendre conscient, visible, et en accord avec la volonté de chacune des personnes formant la relation.
J’ai déjà évoqué les différentes orientations relationnelles qui peuvent exister. On pourrait les classer dans deux catégories, les relations monogames et les relations polygames. Et en fonction de notre orientation relationnelle, on part du principe qu’il existe une base commune et que notre partenaire la partage forcément.
Les relations monogames
Par exemple, dans les relations monogames, on sait que cela inclut l’exclusivité sexuelle. C’est pour cela que quand on pense à de l’infidélité au sein d’un couple, on pense tout de suite au fait qu’il s’agit d’avoir eu un acte sexuel à l’extérieur de la relation.
Pourtant, il existe d’autres formes d’infidélité comme par exemple l’infidélité émotionnelle. Ce qui permet justement de savoir ce qui est de l’ordre de l’infidélité ou non est la construction de ce cadre relationnel.
Les relations polygames
De la même façon, dans les relations polygames bien qu’il n’y ait pas d’exclusivité sexuelle et/ou affective, il peut y avoir de l’infidélité. Et je pense que c’est important de le dire parce qu’une idée reçue que j’entends beaucoup par des personnes qui ne sont pas dans des relations polygames est qu’on autorise la non exclusivité uniquement pour supprimer cette notion d’infidélité. Ce qui est faux.
Quel que soit le type de relation, l’infidélité peut exister. Il s’agit de franchir une limite définie au sein du cadre relationnel sans que l’autre y ait consenti.
Quand on définit clairement le cadre de la relation, cela permet d’avoir une forte liberté au sein de celle-ci ainsi qu’une grande sécurité parce qu’on est à même de vivre pleinement la relation sans se sentir brimée.
De même, on sait que notre partenaire connaît le cadre et le choisit consciemment parce que cela lui convient aussi.
Les indispensables du cadre relationnel
Au sein de ce cadre relationnel, il va y avoir des éléments indispensables à vérifier. Les plus importants seront de valider qu’il n’existe pas d’incompatibilité amoureuses au sein de la relation.
Et c’est là qu’il est important de faire une distinction essentielle : dans une relation, tout ne relève pas du cadre relationnel. Certaines choses peuvent se discuter, s’ajuster, se co-construire… et d’autres relèvent d’incompatibilités amoureuses.
Une incompatibilité amoureuse, ce n’est pas simplement un désaccord. C’est un décalage de vision ou de besoin tellement profond qu’il finit, à terme, par créer de la frustration, voire de la souffrance dans la relation.
Les incompatibilités non négociables
Parmi les incompatibilités non négociables, on retrouve notamment le désir ou non d’avoir des enfants, ainsi que l’orientation relationnelle.
Ce n’est pas juste pour soi ou pour l’autre de renoncer à un projet d’enfant si on désire profondément en avoir. Tout comme ce n’est juste pour soi, pour l’autre et un futur enfant d’accepter un projet bébé lorsqu’il ne s’agit pas d’un désir qui nous appartient.
De la même façon, essayer d’être dans une relation amoureuse exclusive quand on est polyamoureux ou essayer d’être dans une relation ouverte alors que l’on a une structure d’attachement qui ne nous permet pas de nous épanouir de cette manière, ça ne fonctionne tout simplement pas.
Parce que même si l’amour est présent, même si la relation est belle, on ne peut pas construire un projet de vie commun quand les directions sont opposées. À un moment donné, quelqu’un devra renoncer et ce renoncement laisse des traces.
Là où le cadre relationnel vient poser des règles du jeu à l’intérieur de la relation, les incompatibilités viennent poser une question plus importante : est-ce que nous avançons dans la même direction ?
Les potentielles incompatibilités amoureuses
Et entre ces deux pôles, il existe aussi des zones plus nuancées avec des potentielles incompatibilités amoureuses. Notamment, tout ce qui va toucher aux conflits insolubles. J’en ai parlé dans certains articles comme la sexualité, les liens avec la belle famille, l’éducation des enfants etc.
Ce sont des sujets pour lesquels, si cela vient toucher à des valeurs profondes qui ne sont pas partagées ou sont trop éloignées l’une de l’autre, cela peut devenir une incompatibilité bien que ça ne le soit pas systématiquement, contrairement à l’orientation relationnelle et au désir d’enfant.
Une fois que ces bases sont clarifiées, ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas, on peut alors venir se poser les bonnes questions pour construire un cadre relationnel qui nous ressemble.
Quelles questions se poser au sein de la relation ?
Ce qui m’amène donc aux questions qui peuvent être intéressantes à se poser au sein de la relation.
Vous pouvez par exemple vous demander :
- Quelles sont nos attentes au sein de la relation amoureuse ?
- De quoi ai-je besoin et de quoi mon ou ma partenaire a besoin pour se sentir en sécurité dans la relation ?
- Qu’est-ce que nous ne sommes pas prêt.e.s à sacrifier au profit de la relation ?
- Quel espace souhaitons-nous laisser à notre monde intérieur ? (qui peut inclure des loisirs, des sorties avec des amis ou des actions que l’on réalise seul.e)
Ces différentes questions permettent de dessiner dans les grandes lignes, la place que va occuper la relation amoureuse. Quel espace aura-t-elle au sein de notre emploi du temps mais aussi qu’est-ce que celle-ci va pouvoir nous faire vivre et quels besoins vont trouver une réponse au travers du lien.
Et à partir de là, une question revient très souvent : à quel moment est-ce qu’on est censé avoir ces discussions ?
Notamment, au début d’une relation, on me demande souvent quand est le bon moment pour aborder des sujets comme celui-ci. Quand la relation démarre, on va souvent avoir l’impression que c’est trop tôt pour définir un cadre relationnel.
Quand aborder le sujet ?
En soit, je suis d’accord sur le fait que les questions précédentes ont plutôt leur place à partir du moment où l’on a déjà acté qu’on est dans une relation et qu’on est en train de s’engager dans celle-ci.
Pour autant, il n’y a pas forcément besoin d’apposer une étiquette pour vivre la relation dans sa légèreté et fluidité du début. Ce que je veux dire c’est que vous pouvez apprendre à connaître votre partenaire tout en partageant votre vision de ce qu’est une relation et ce que vous désirez vivre au travers de celle-ci.
Une notion d’intention et de posture
Quand vous partagez vos aspirations dans la vie, vous n’êtes pas en train d’imposer à la personne en face de vous que c’est avec elle que vous allez vivre ça.
Si vous dites “je rêve de faire le tour du monde”, vous n’êtes pas en train d’inclure l’autre personne à votre rêve.
C’est pour cela que si vous dites “Je rêve de me marier un jour”, vous n’êtes pas en train de dire “Je vais te passer la bague au doigt”. Et souvent, la nuance pour ne pas amener une forme de pression sur l’autre, va se jouer dans l’intention avec laquelle on partage les choses.
Vous pourriez ainsi partager que vous désirez avoir du temps pour vous ou que dans une relation vous avez un besoin d’aventure qui est fort sans que cela ne soit une conversation “trop sérieuse”.
Et sur ce point là, j’ai aussi envie de vous dire qu’une personne qui est prête à s’engager dans une relation ne va pas prendre ses jambes à son cou parce que vous avez osé partager ce que vous aimeriez vivre dans la relation.
Le bon moment sera celui que vous choisirez parce que sincèrement vous aurez eu envie à un instant t, de partager telle ou telle facette de vous même qui inclut une part de votre vision de l’amour.
Et c’est à nuancer et à différencier de l’anxiété qui peut exister au début d’une relation. On n’aborde pas des sujets comme ceux-ci de façons détournées pour chercher à tout prix à sécuriser la relation.
Définir les limites au sein du cadre relationnel
Dans la relation, quel que soit le stade de celle-ci, vous pouvez réaliser une cartographie des limites. Pour cela, vous allez lister tout ce que vous avez déjà entendu être une infidélité. Cela peut venir de vos propres expériences, des témoignages que vous avez pu entendre ou encore des ressources externes (podcasts, films, livres, réseaux…).
Par exemple, pour certaines personnes tenir la main de quelqu’un d’autre relève de l’infidélité. Pour d’autres, aimer des photos sexy d’une personne sur un réseau c’est de l’infidélité. Chez certaines personnes cela va relever du fait d’avoir un rapport sexuel avec une personne pour qui on éprouve des sentiments. Là où peut-être qu’avoir un rapport avec une personne qu’on ne reverra jamais n’est pas un problème.
Et c’est là aussi où dans les relations non monogames, c’est important de vérifier que l’on partage la même définition de ce qui est exclusif ou non au sein de la relation.
La liste complète des limites potentielles
Une fois que vous avez cette liste vous pouvez la mettre en commun avec votre partenaire pour que vous puissiez avoir une liste encore plus complète de l’ensemble des actions qui peuvent relever de l’infidélité, et là vous allez pouvoir noter parmi celles-ci, celles qui sont de l’infidélité à vos yeux.
Et dans un premier temps, ne cherchez pas forcément à regarder ce que répond l’autre mais plutôt laisser parler votre perception personnelle.
Vous pouvez alors les hiérarchiser de ce qui va commencer à faire glisser dans un jeu dangereux à c’est totalement de l’adultère pour vous. Vous pourriez alors être surpris ou surprise de découvrir des choses qui font ni chaud ni froid à votre partenaire et vice versa.
L’intérêt d’un exercice comme celui-ci est aussi de permettre à chacun et chacune d’avoir sa propre liberté sans pour autant que les mêmes règles exactes soient appliquées des deux côtés.
Par exemple, s’il existe une personne qui trouve que flirter avec quelqu’un est une limite mais que l’autre ne le ressent pas comme ça, alors ces personnes pourraient avoir une règle où l’un des deux peut se le permettre tant que ça reste dans le cadre et l’autre en revanche non.
Le fait aussi d’avoir une échelle de ce qui commence à entrer dans l’infidélité et ce qui est considéré comme tel au sein de la relation, ça va aussi permettre d’explorer des choses sans que ce soit rigide.
Revisiter le pacte de couple régulièrement
Et ce qui est intéressant avec cette échelle, c’est qu’elle ne sert pas uniquement à définir des limites figées. Elle peut aussi devenir un outil de dialogue.
Parce qu’à partir du moment où vous savez où se situe chacun et chacune, vous pouvez vous dire que lorsque vous commencez à vous rapprocher de certaines zones de cette échelle, cela peut être un signal pour en parler ensemble.
Non pas dans une logique de faute ou de sanction, puisque vous allez définir en amont que c’est ok d’arriver vers cette zone, mais plutôt comme une invitation à comprendre ce qui est en train de se jouer.
- Est-ce que le cadre relationnel tel qu’il est convient toujours ?
- Existe-t-il un besoin qui n’est pas nourri ?
- Est-ce qu’il y a quelque chose qui évolue chez soi, chez l’autre, au sein du couple qui mérite d’être mis en lumière ?
Et c’est là que ce travail prend tout son sens. Au lieu d’attendre qu’une limite soit dépassée pour en parler, vous créez des espaces de discussion en amont.
Vous pouvez aussi choisir de faire des points régulièrement, sans forcément qu’il y ait de “problème”. Simplement pour vérifier que le cadre que vous avez co-construit est toujours juste pour vous deux.
Parce que le cadre relationnel n’est pas censé être gravé dans le marbre. Il évolue avec vous, avec la relation, avec vos expériences et vos besoins.
C’est d’ailleurs ça qui apporte une grande forme de liberté. De savoir que vous avez un espace où vous pouvez revisiter le lien s’il existe des espaces d’insatisfaction.
La liberté ne vient pas de l’absence de règles, mais du fait de pouvoir les questionner, les ajuster, et les redéfinir ensemble.
